e premier groupement connu des mécaniciens et chauffeurs remonte à 1848; en cette année, fut fondée la Société Fraternelle des Mécaniciens Français. Son but : obtenir les conditions accordées aux mécaniciens anglais occupés presque exclusivement par la Compagnie du Nord et de demander que le recrutement des mécaniciens se fasse parmi les Français.
La Société fit une grève en mai 1848. Le 10 avril 1848, la Société fit don de 5.189,65 fr au Gouvernement provisoire (II° République).

Locomotive à vapeur
(Collection personnelle de FC)
La Société fut dissoute par le Gouvernement autoritaire en 1850, en application de la loi Le Chapelier.
A ce sujet, nous rappelons que la loi de 1791 (Loi Le Chapelier, rapporteur) interdisait les coalitions et syndicats professionnels, et que c'est seulement en 1884 (21 mars) (Loi Waldeck-Rousseau) que les travailleurs arrachèrent le droit de se syndiquer.
En 1869, trente-quatre mécaniciens, mécontents de leur condition de vie et de travail, adressent une pétition au Ministère des Travaux Publics, ils furent révoqués.
En 1871, création de l'Union Fraternelle des Mécaniciens et Chauffeurs, combattue par le Gouvernement. Cette même année, l'Union fut poursuivie en justice et disparut. Il y eut quatre-vingts révocations de mécaniciens et quarante descentes de classes. Toujours en application de la loi Le Chapelier.
Le 21 mars 1884, la loi donnait le droit aux travailleurs de se syndiquer librement : le 7 mars 1885, Guimbert, mécanicien révoqué en 1871, lance le Syndicat général professionnel des Mécaniciens et Chauffeurs, Conducteurs de machines à vapeur de France et d'Algérie.
Au mois de juin 1891, le Syndicat général refuse de participer à la grève de 1891, de même qu'à celle de 1898, mais la grève de 1891 lui donne l'occasion d'élaborer un programme de revendications; aussi, d'assez nombreuses adhésions lui arrivent et, dès la fin de la grève, le 23 juillet, le président du Syndicat général annonce au Conseil d'administration la constitution de deux sections de mécaniciens de chemin de fer, celle de Paris R.G. (Vaugirard) forte de 60 membres et celle d'Ambérieu avec 130 adhérents.
Au 31 octobre 1891, le nombre des adhérents est de 2.800 et, à l'Assemblée générale, où une demande d'autonomie est refusée, il est créé deux commissions, l'une dite commission de l'Industrie et l'autre dite des Chemins de Fer.
Au début de l'année 1894, le Syndicat général prend le titre de Fédération générale française professionnelle des Mécaniciens et Chauffeurs des Chemins de Fer et de l'Industrie.
Les statuts ne sont pas modifiés, en ce qui concerne les mécaniciens des chemins de fer, et pourtant ils sont de plus en plus nombreux. Au moment de l'Exposition de 1900, la Fédération compte environ 6.800 membres, dont 2.000 de l'industrie, groupés en 18 sections, et 4.800 des chemins de fer, formant 45 sections établies principalement sur le P.L.M.
Elle a un journal : "L'Alliance des Chauffeurs, Conducteurs, Mécaniciens de France", organe officieux du Syndicat depuis 1885, devenu officiel par acquisition en 1889.
Pourtant, au mois de septembre 1900, les mécaniciens de Lyon-Vaise, surexcités par une question de primes sur le combustible, s'en séparent et forment une Fédération de Mécaniciens et Chauffeurs du P.L.M. Ce groupement organise un syndicat dans chaque dépôt. Il fait bientôt tache d'huile et, sur les autres réseaux, se constituent des groupes analogues qui se réunissent, en 1905, en une Fédération générale des Groupements de Mécaniciens et Chauffeurs des Chemins de fer de France et de ses colonies, absorbant les sections de la Fédération Guimbert.
Les statuts sont déposés à la Préfecture de la Seine.
La Fédération est enregistrée sous le n° 2.429.
Il est précisé dans ces statuts :
"Art. 2 - Chaque groupement appartenant à l'alliance doit avoir un sceau portant le label de la Fédération générale, représentant une femme debout, portant le flambeau.
"Art. 6 - Les sections sont administrées par leur Bureau en tout ce qui concerne leurs règlements, intérieurs et en se conformant aux statuts de la Fédération et aux ordres du Siège fédéral.
"Art. 9 - Un Comité parlementaire de Défense des intérêts de la corporation est institué, assisté des Sièges centraux et des Bureaux de sections de tous les réseaux."

Dépôt des machines à Ambérieu (Collection personnelle de FC)
Cette Fédération nouvelle groupe rapidement un grand nombre de mécaniciens et chauffeurs cheminots. En 1906, elle compte déjà 3.212 adhérents. Préoccupée avant tout de l'intérêt de ses membres, elle se trouve en désaccord avec le Syndicat national, dont la tâche est plus générale, puisqu'elle s'étend à toutes les catégories de travailleurs du rail. Des heurts se produiront au sujet de la loi sur les retraites et de la réglementation du travail.
Cependant, bien souvent, l'entente se réalise, visant même à la fusion. Au cours de la préparation de la grève de 1910, les deux Organismes marchent de pair et Toffin, président de la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs, est un des premiers révoqués.
Au cours de cette grève, les deux Organisations nouent des rapports plus nombreux et la tendance à la fusion s'accroît sous les efforts d'Emile Sauve, le Secrétaire général de la Fédération, qui devient un des militants les plus actifs du Syndicat national. Cette fusion se réalise en 1917, par la constitution de la Fédération nationale.
Après la grève de 1920, les mécaniciens et chauffeurs se séparent de la Fédération nationale et reforment la Fédération générale des Mécaniciens et Chauffeurs. Tout de suite, la Fédération connaît une nouvelle prospérité.
Des syndicats sont reformés sur tous les réseaux et une section est constituée au Métropolitain de Paris. Elle comprend alors environ 16.000 membres.
Tant que la Fédération nationale reste divisée en deux parties, confédérée et unitaire, la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs conserve une certaine autorité. Pourtant, bien que les mécaniciens et chauffeurs se soient toujours montrés assez particularistes et soucieux de leurs propres intérêts, un grand nombre d'entre eux préféraient encore adhérer à la Fédération nationale.
En 1935, la Fédération nationale ayant réalisé son unité, par la réconciliation des deux branches, fait une tentative de fusion avec la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs. La fusion se réalise sur les réseaux P.L.M., puis Ouest-Etat, P.O., Midi, Alsace-Lorraine et Métropolitain. Seuls, restent séparés les Syndicats du Nord et de l'Est, une petite partie du P.O.
Cependant, les sections passent séparément à la Fédération nationale et, en 1937, au cours de son Congrès de Charleville, l'Est décide de fusionner. A peu près seuls donc restent fidèles à la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs, ses membres du Nord, et si la fusion ne fut pas réalisée sur ce réseau, cela provient d'une maladresse de la Fédération nationale.

La Colombière en Savoie
(Collection personnelle de FC)
En effet, lors du Congrès du 24 novembre 1935, l'Union du Nord de la Fédération des Cheminots n'accepte pas que des membres du Bureau de la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs fussent admis à siéger au sein de la Commission administrative d'Union.
Vient la tentative de grève du 30 novembre 1938. Les mécontents sur l'Ouest et le Sud-Ouest rejoignent à nouveau la Fédération des Mécaniciens du Nord. Sur le Sud-Est, une nouvelle section est également reformée dans le courant de 1939.
La Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs semblait donc essayer, au moment de la guerre de 1939, de reprendre une nouvelle vitalité.
Sous l'occupation ennemie, la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs fut, comme toutes les organisations syndicales, dissoute par le Gouvernement de Vichy, mais ses représentants restèrent unis dans la clandestinité.
En 1945, quelques vieux militants de la Fédération se réunissent et, en décembre de la même année, se tient à Lille, au siège social, une réunion groupant les anciens secrétaires de la région du Nord.
A la suite des grèves de 1947, de nouvelles sections se forment; un Bureau est constitué le 12 décembre et la Fédération est déclarée à la Préfecture du Nord et enregistrée sous le n° 727.
Les autres régions suivent l'exemple du Nord et au Congrès fédéral des 21 et 22 avril 1948, à Paris, trente délégués représentent le Nord, l'Ouest, le Sud-Ouest et l'Est.
Le 1er janvier 1949, la Fédération réédite son nouveau journal : "Le Bulletin de Traction", dont la déclaration est enregistrée au parquet d'Amiens sous le n° V.A. 25.395.
Le 11 mai 1950, nous présentions à M. le Ministre des Travaux Publics, des Transports et du Tourisme une demande d'accès à la "représentativité" que nous appuyions, le 27 mai 1950, par la remise d'un dossier montrant la progression de nos effectifs depuis 1948.
Voici la réponse que nous avons reçue :